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Yves JEANNES : productions agricoles et énergétiques

  Yves JEANNES – Agriculteur biologique – Producteur d’énergie renouvelable

1 – Un agriculteur issu du milieu paysan qui fait le choix de la liberté et de l’innovation

Yves JEANNES a repris la ferme familiale dès l’obtention de son diplôme agricole. Au cours de ses études il a principalement été formé à l’élevage bovin et porcin. Pourtant il décidera dès le début de s’installer en tant qu’agriculteur (cultures de pommes de terre, légumes de conserve, céréales) et non en tant qu’éleveur. Ceci pour ne pas être contraint par les horaires spécifiques à l’élevage et avoir la possibilité de s’impliquer dans des activités autres.
En effet, Yves a l’exemple de ses parents et grands-parents qui s’impliquent bien au-delà du milieu agricole, dans le milieu associatif sportif et en tant qu’élu. Il décide à son tour de prendre ces mêmes engagements dans sa commune et aux alentours, ce qui lui permet de rencontrer des personnes travaillant dans d’autres secteurs lui apportant une ouverture d’esprit qu’il apprécie.
Yves a fait un autre choix non conforme au courant majoritaire, celui de ne pas étendre la superficie de ses terres mais de chercher à diversifier la source de ses revenus. Il réhabilite notamment les bâtiments de la ferme dans l’objectif de les préserver et d’en tirer un revenu locatif.
Son héritage familial lui a aussi transmis le sens des initiatives, ayant vu son grand-père participer à la mise en place d’une coopérative pour mieux valoriser la production agricole en s’affranchissant des courtiers. Les coopératives ont largement évolué depuis et sont aujourd’hui de moins en moins contrôlées par les producteurs eux-mêmes. Yves décidera poussé par ce même état d’esprit de s’affranchir de telles organisations intermédiaires pour mieux valoriser sa production agricole.

Pour réussir il faut savoir prendre des risques

2 – La recherche de modes de production valorisant l’indépendance économique et la cohérence écologique

Ce choix de se mettre à distance des coopératives l’oblige à repenser son mode de production. Il cherche alors à réduire les risques associés aux aléas du métier, en valorisant les modes de production lui permettant de gagner en pouvoir décisionnel et en autonomie financière.
A cette même période, il observe de plus en plus d’impacts négatifs liés à l’agriculture conventionnelle. Sa ferme étant installée en partie sur une zone de captage d’eau, il saisit toute l’incohérence pour la commune de traiter la ressource polluée tandis que rien n’est mis en place en amont pour réduire la quantité de produits phytosanitaires utilisés en agriculture. Face à ces contradictions grandissantes il cherche à s’informer pour mieux comprendre les divers impacts de l’agriculture productiviste. Des ouvrages de référence renforcent sa prise de conscience, tels que le livre « Le monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin, ou les films « Nos enfants nous accuseront » de Jean-Paul Jaud et « Une vérité qui dérange » d’Al Gore. Il lui apparait alors qu’au delà le coût désastreux que ce modèle génère sur le plan environnemental et économique, l’impact sur la santé des agriculteurs et des consommateurs est considérable. Soucieux de plus grande cohérence et fort de son esprit d’initiative, Yves décide alors d’entreprendre une démarche de conversion en agriculture biologique (« Pour réussir il faut savoir prendre des risques » lui disait son grand-père). Cette orientation s’inscrira dans le temps afin d’ajuster au mieux ses outils de production.

Yves s’intéresse par ailleurs depuis longtemps aux énergies renouvelables. En effet le nucléaire ne le satisfait pas, du fait des déchets ne pouvant être traités, et du risque non maitrisé. Dès l’origine de son installation, il installe un poêle à bois dans sa maison, tel un premier acte d’émancipation vis à vis du nucléaire. Dans les années 2000, il est contacté par des professionnels de l’éolien intéressés par ses terres situées sur un promontoire. La p

erspective de produire de l’énergie renouvelable sur sa ferme émerge alors, intégrant en plus de perspective éolienne un début de réflexion sur la valorisation des toitures agricoles pour la production d’énergie solaire.
La conversion en agriculture biologique ainsi que la production d’énergie renouvelable sont le fruit de nombreuses observations, réflexions et recherches d’informations. Cela s’inscrit dans le temps permettant une adaptation sécurisée et adaptée aux spécificités du milieu. La motivation d’être acteur de son futur, d’être force de proposition par l’action l’ont porté à innover au-delà des idées reçues et des difficultés rencontrées.

3 – La difficulté de convaincre des partenaires financiers et des décideurs politiques sur des projets d’énergie renouvelable
Dans son projet de conversion en agriculture biologique, Yves n’a pas rencontré de difficulté majeure dans la mesure où il connaissait déjà bien le métier de paysan. Il a pu anticiper autant que possible la perte économique de la période de transition, liée au fait qu’on ne puisse vendre au prix du bio qu’après 3 ans de conversion effective. Les seules difficultés notoires ont été l’absence de conseil disponible en matière de gestion.
Dans son projet de production d’énergie renouvelable en revanche les difficultés ont été plus importantes. Tout d’abord le manque de conseil et l’évolution constante de la réglementation l’ont contraint à passer beaucoup de temps à la recherche d’information sur internet. De plus, les partenaires financiers peu sensibles aux enjeux énergétiques et pourtant décisionnaires de l’accord de prêt, ont été bien difficiles à convaincre sur les projets d’installations de panneaux photovoltaïques (certains ne connaissant même pas le nom), malgré l’intérêt prouvée par les calculs. Enfin, le projet d’installation d’éoliennes, porté par une société basée à Rennes a connu 12 années de procédures judiciaires, attaqué par les politiques et les riverains. Yves loue ses terres sans être maître d’œuvre. Il perçoit l’intérêt et la nécessité de développer des projets éoliens et souhaiterait voir de tels projets portés par des investissements collaboratifs locaux (comme à Béganne près de Redon). Cela faciliterait l’acceptation et l’intérêt économique partagé et contrebalancerait les nuisances éventuelles. Cependant, les riverains ne sont pas toujours près à s’engager dans une telle démarche, « Je ne sais pas si j’aurais la force de mener tout un groupe » dit Yves, au vu des difficultés vécues.
4 – Un partage d’expérience généreux en agriculture biologique mais quasi inexistant dans le domaine des énergies renouvelables
Les informations pour soutenir son projet de conversion en agriculture biologique étaient disponibles à la chambre d’agriculture ainsi qu’auprès d’un groupement de producteurs déjà établis. Ce secteur professionnel lui a semblé particulièrement ouvert en comparaison avec le secteur conventionnel, et désireux de partager leurs expériences pour en faire bénéficier les autres.
En revanche le peu de retour d’expérience sur le territoire en matière de production d’énergie renouvelable l’a contraint à rechercher par lui-même la plupart des informations nécessaires. Il a cependant pu suivre une formation initiale sur le sujet proposée par la chambre d’agriculture en 2009.
5 – Des satisfactions éthiques, mais aussi humaines et économiques
L’entrée dans le secteur de l’agriculture biologique lui a permis d’accéder à des relations humaines plus fortes, des échanges plus riches, des rencontres plus variées que dans le secteur conventionnel. Le regard des citoyens aussi a changé facilitant l’échange et la compréhension des réalités paysannes. « Ce nouveau regard entraine des échanges constructifs et permet d’apporter une autre image du monde agricole en général et des producteurs bios en particulier ». L’impact positif sur l’environnement ainsi que sur la santé des membres de sa famille et au-delà des consommateurs lui apporte aussi satisfaction. Enfin sur le plan économique, les charges sont mieux maitrisées et les prix sont plus stables d’une année sur l’autre. Le marché agricole bio est en effet plus déconnecté du marché mondial et du système financier.
Au delà son métier d’agriculteur bio, Yves valorise ses toitures pour développer un mode de production d’énergie alternatif au nucléaire. En plus de renforcer sa cohérence avec ses convictions propres, il devient ainsi une potentielle force de proposition pour l’ensemble du territoire. Yves produit à lui seul un tiers de l’énergie photovoltaïque de toute la CCA (Concarneau Cornouaille Agglomération). Les compléments de revenus générés lui permettent de compenser les éventuelles pertes de production agricole « une année de sécheresse la production agricole risque de chuter mais elle sera compensée par une plus grande production d’énergie d’origine solaire». Cela lui assure un système d’auto-assurance récolte, en évitant d’alimenter une structure d’assurance externe onéreuse. Il prouve ainsi que les systèmes de monopole ne sont pas incontournables.

6 – Des perspectives d’autonomie énergétique à l’échelle de la ferme
Yves s’interroge sur le modèle de production agricole à mettre en place d’ici quelques années. Le principal projet en devenir est d’atteindre l’autonome énergétique sur l’ensemble des bâtiments. Pour se faire il prévoit d’installer une chaudière à bois déchiqueté qui alimenterait toutes les habitations de la ferme. Il réfléchit aussi à des installations qui permettraient de valoriser la consommation d’énergie aux moments les plus propices de la journée. Enfin, il s’informe des véhicules électriques en cours de développement et s’intéresse aux études de réutilisation des batteries de voiture sur du résidentiel.

7 – L’accompagnement et le partage d’expérience sont indispensables à la démultiplication de telles initiatives
Les agriculteurs devront faire le choix d’utiliser de moins en moins de produits de traitements. Or aujourd’hui encore les coopératives communiquent trop peu sur les alternatives possibles. Le principal besoin demeure d’accompagner les agriculteurs à faire évoluer leurs modes de production, tout particulièrement autour des zones de captage.
Les systèmes mis en place pour démultiplier les initiatives en faveur des énergies renouvelables sont restés jusque là bien peu efficaces, au vu du faible nombre d’acteurs engagés dans cette démarche pourtant rentable. Il devient alors nécessaire de communiquer sur le sujet, de faciliter le retour d’expériences à travers la mise en place de journée thématiques entre acteurs, l’affichage de panneaux informatifs le long des chemins, la projection de films de vulgarisation. Au-delà l’implication indispensable des politiques, il est essentiel que de nombreux acteurs de la société civile s’engagent sur ces sujets, afin de partager l’état des connaissances et de relayer les initiatives existantes adaptées au contexte environnant et répondant aux défis à venir.
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